Pour un média libre d'expression

 

« Si on ne croit pas à la liberté d’expression de ceux qu’on méprise, on n’y croit pas du tout », disait Noam Chomsky.

« La première chose sur laquelle on fait beaucoup d’erreurs c’est qu’on croit que la liberté d’information, le droit à la liberté de la presse c’est un droit des journalistes. Mais pas du tout c’est un droit du lecteur du journal, c’est-à-dire que ce sont les gens, les gens dans la rue, les gens qui achètent le journal qui ont le droit d’être informés, ce sont les gens qui travaillent dans une entreprise, dans un chantier, dans un bureau qui ont le droit de savoir ce qu’il se passe et d’en tirer les conséquences » disait Jean-Paul Sartre.

 

C’est autour de ces deux citations que le projet « Media-Diversité-Citoyenneté » a été entamé en 2012 par Carrefour des Cultures pour repenser le phénomène médiatique sous l’angle de la diversité d’approches et de la participation citoyenne.

Loin de se focaliser sur les aspects problématiques de la relation entre les médias, la diversité et la citoyenneté, cette initiative a choisi de dégager les potentialités pour faire parler une information susceptible d’éclairer et de pouvoir aider à transformer et à se transformer.

C’est au centre de ce projet que la première édition du Salon des Médias alternatifs et des alternatives médiatiques a vu le jour le 4 décembre 2014 au Cap Nord à Namur.

L’objectif était de réunir dans un même espace-temps ouvert, au grand public, les acteurs médiatiques généraux et alternatifs pour favoriser les synergies, permettre le dialogue, questionner la diversité, repenser la citoyenneté.

En définitive, construire un renouveau des médias loin de tout mimétisme et de toute uniformité mais plutôt dans une créativité joyeuse libérée de toute subordination et une pratique responsable attentive et participative.

Cette initiative a connu cinq éditions dont la dernière a été réservée aux acteurs médiatiques afin de centrer les débats sur les synergies entre médias alternatifs et médias classiques et de développer un plaidoyer commun susceptible d’interpeller l’action médiatique elle- même, la société civile ainsi que tout acteur ayant un intérêt direct ou indirect pour le débat de société et dégager ainsi des objectifs et des lignes de force nouveaux. Ce ne fut pas chose aisée, et, malgré les escarmouches, une des conclusions a été d’initier une campagne favorisant, outre la visibilité de médias trop peu connus, une réflexion critique sur les enjeux médiatiques en général.

C’est ainsi que Carrefour des Cultures a fait de cette interpellation médiatique un leitmotiv de toutes ses réflexions et de ses actions.

L’échéance électorale d’octobre 2017 et celle de 2018 ont constitué une occasion propice et des espaces adéquats pour mettre en avant cette interpellation.

Médias alternatifs et médias généraux face aux politiques et au grand public ont analysé, lu et développé ensemble la place des médias dans l’éveil citoyen. Autrement dit, comment les médias alternatifs et généraux, au-delà de leur diversité, tout en prônant le dialogue et la complémentarité, ont pu, ensemble, interpeller le politique et le citoyen sur leurs implications dans la chose publique.

Ils ont ainsi appliqué concrètement l’adage qui veut qu’un citoyen impliqué soit un citoyen informé.

Dans le droit fil de ce cette approche, le projet « Peuples et Cultures » développé actuellement par Carrefour des Cultures, s’est armé de la même orientation et de la même méthodologie pour créer une implication bijective entre les médias et le dialogue entre les peuples et les cultures.

En toute harmonie avec la conjoncture et avec cette nouvelle mobilité des hommes et des femmes venant du pays de Cham et des deux fleuves, le projet a choisi d’y prendre son départ et de mettre l’éclairage sur ces différentes contrées.

En guise d’introduction, Carrefour des Cultures a choisi de confronter les médias sur les réalités multiples de la situation actuelle de cette région.

C’est dans cette direction que le projet « Informations/Désinformations : zoom sur le pays de Cham » a vu le jour. Une démarche alliant action et réflexion s’est articulée autour de deux temps :

  • Un travail d’exploration / enquête près des personnes-ressources ;
  • Un questionnement sur les conclusions de cette enquête permettant d’associer le grand public et les personnes-ressources interrogées au travers de deux espaces programmés le 21 novembre et le 12 décembre 2019.

Ces deux espaces ont été programmés pour présenter les diversités d’approches et favoriser le dialogue et la complémentarité des argumentations.

À notre surprise, et malgré confirmation préalable de tous les participants, nous avons reçu des messages de désistement pour l’espace du 21 novembre qui mettent en cause cette diversité et le pluriel de la parole journalistique formalisant ainsi une logique de la rupture.

Carrefour des Cultures a invité ces personnes à reconsidérer leur décision à la lumière des principes moteurs de son action.

Malheureusement, le silence a pris le pas sur le dialogue et, à l’heure d’écrire ces lignes, nous n’avons reçu aucune réponse susceptible de nous éclairer sur leur positionnement ni de prémisse d’ouverture en faveur du droit à la confrontation des idées.

Face à une telle situation et après consultation d’une part des personnes qui accompagnent le projet de CdC dans ses réflexions et actions, et après information/concertation avec les personnes invitées dans le cadre du premier panel, le Bureau de Carrefour des Cultures, pour répondre aux objectifs qu’il s’est fixé et pour offrir encore plus d’éclat à la diversité d’approches et au débat d’idées, décide de reporter la tenue de cet espace à une date ultérieure et continue à plaider, haut et fort, pour la liberté d’expression et pour les principes moteurs qui ont fait l’objet du plaidoyer de la 5e édition du Forum des Médias alternatif et des alternatives médiatiques et qui se décline comme suit :

  • Stimuler le développement d’un plaidoyer commun aux acteurs médiatiques œuvrant à une transformation sociétale ;
  • Valoriser au sein des médias la démarche d’éducation permanente qui consacre l’esprit critique et la co-construction des savoirs par le citoyen et pour le citoyen ;
  • Favoriser la rencontre, le débat et la recherche commune entre les différents acteurs concernés – et notamment entre médias alternatifs et médias généraux ;
  • En définitive, renforcer notre capacité de nous nourrir de l'altérité et de composer avec la différence pour un intérêt qui dépasserait toute subjectivité figée.

 

 

 

Carrefour des Cultures