Nouveau SoufFLE

Ce 9ème numéro est dédié à l'égalité des sexes dans l'éducation, la religion et la politique et la transmission. Apprenants, formatrices et personnes ressources ont participé à la réflexion.

Des ateliers de réflexion, de co-construction, de production et d’interpellation pour apprendre le français autrement et explorer les notions de citoyenneté, interculturalité et démocratie.

PluriCité

Le bimestriel de Carrefour des Cultures pour questionner le débat de société.

Attaché à la fonction critique du secteur associatif et à sa capacité de générer une synergie d’action (Associatif en question), Carrefour des Cultures se joint à la dynamique initiée par le Collectif21. Plusieurs événements sont prévus, de manière à questionner la fonction d’innovation sociale, de créativité et de contre-pouvoir ou de résistance du fait associatif en Belgique.

FLECI

Un espace qui conjugue l'apprentissage avec la réflexion en commun et associe le Français aux pratiques citoyennes et à la dimension interculturelle.

12e édition de Cinéma des Cultures

Carrefour des Cultures propose Cinéma des Cultures 12e édition. Une passerelle entre le 7e art et les débats de société.

Espace « Au Féminin »

Rencontres, réflexions, analyses, productions, réalisations et interpellations pour repenser en commun les spécificités des migrantes comme femmes et sujets de l’immigration et de la société.

Forum des Médias - Médias Alternatifs et Alternatives Médiatiques

Poursuivons ensemble une réflexion sur les médias, en concevant l’articulation de la souveraineté du peuple avec celle de l’information.

Peuples & Cultures

Relire ensemble le similaire et le dissemblable de nos cultures et identités, de nos consciences et nos croyances. Oeuvrer pour une culture plurielle nourrie par notre imaginaire collectif.

Sur le Chemin du Centenaire de la Loi de 1921

Carrefour des Cultures initie une réflexion de fond sur la manière dont l’associatif pense son action, sa capacité à dynamiser le débat de société et à être acteur de changement social.

À LA UNE 


Mecsplication 

Cette écrivaine s’est fait interrompre par un confrêre qui lui a conseillé de lire un livre… qu’elle avait elle-même écrit (1).

Ce comportement masculin  - expliquer aux femmes ce qu’elles doivent penser ou faire sur des sujets qu’elles maîtrisent parfaitement - les canadiens lui ont trouvé un beau nom: la « mecsplication ».

Fatima El Fehriya n’a pas eu de besoin de « mecsplication » pour savoir ce qu’elle devait entreprendre. Dans la ville de Fès, de 823 à 859, cette riche héritière a fait construire ce qui est actuellement la plus vieille bibliothèque du monde au sein d’un ensemble comprenant notamment une université et une mosquée. Cette « demeure de la science et de la sagesse » c’est la Quarayouine qui a représenté durant des siècles la quintessence des échanges culturels entre l’Europe et le Maroc. Ibn Khaldoun y a lu et travaillé. On y trouve d’ailleurs une copie manuscrite signée de l’auteur de son « Livre des leçons » (Kitab-al-Ibar).

El Arabi y a également séjourné

On trouve dans la bibliothèque fassie près de 4000 manuscrits anciens dont un évangile de Marc traduit en arabe datant du 12e siècle.

C’est également par une architecte, Aziza Chaouni, que La Quarayouine vient d’être restaurée de superbe façon, poursuivant ainsi le rayonnement de l’œuvre de Fatima El Fehriya, surnommée la « mère des fils » (Oum al Banine).

 

Fatima El-Fehriya portait-elle le voile, nul ne le sait. On dit qu’elle a jeuné pendant toute la durée de la construction… Devrait-on aujourd’hui évaluer son implication, son attachement à sa religion et à « La » culture, à la connaissance et au partage des savoirs, à l’aune de son hijab ?

Certainement pas.

Des voix féministes s’élèvent aujourd’hui pour aller à contre-courant d’autres avis féministes qui assimilent le voile islamique à une injonction machiste.

Parmi celles-ci, Rokhaya Diallo (2) que j’ai croisée lorsqu’elle travaillait dans la production audio-visuelle, chez Planet Nemo à Paris. Rokhaya est femme, noire et musulmane. Elle ne porte pas le voile mais elle dit : « au centre des considérations doit figurer la liberté des femmes à disposer de leur corps. Je me battrai à la fois contre son interdiction à toute femme musulmane française et contre son imposition en Iran ou en Arabie Saoudite. C’est le choix et l’absence d’imposition qui comptent. »

Lauren Bastide (3), auteur du podcast « La Poudre » suivi par 3,5 millions de personnes, défend elle aussi le libre choix du port du voile et ajoute « je trouve dangereux de se servir d’arguments féministes pour tenir, en réalité, des propos racistes et stigmatisants envers la population musulmane ».

Et Bastide de conclure : «  Je serais heureuse si on laissait les femmes musulmanes s’exprimer (sur le voile)… Ce sont toujours des hommes blancs qui en débattent entre eux ».

Quand on vous parlait de « mecsplication »….

 

Jean-Marie Delmotte
Secrétaire Général

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)L’écrivaine américaine Rebecca Solnit. Article récent “Les changements qui se produisent dans le monde façonnent notre identité”publié en français dans « Courrier International ».

(2) Rokhaya Dialo vient de publier conjointement avec l’illustratrice Blanchette un bande dessinée à propos du « mansplaining » « M’explique pas la vie, mec » aux Editions Marabout. Elle fait l’objet d’un article dans « El Pays » repris dans le supplément Léna du journal Le Soir des 21 et 22 novembre 2020.

(3) Lauren Bastide évoque les espaces public où les femmes sont sous-représentées dans un ouvrage « Présentes », 272p. chez Allary Editions. Voir également l’article du Vif n°46 du 12 novembre 2020 pp. 64 et 65.